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En ce début d’année, les économistes ne sont pas avares de commentaires sur l’état du monde capitaliste qui vient de traverser une de ses crises les plus graves. Si leurs avis sont partagés sur l’avenir et une possible « réplique » à prévoir (mais quand ?), beaucoup s’accordent à dire que les responsables s’en sortent bien et que les victimes, ce sont les travailleurs.

2009 : « annus horibilis »

Plans de sauvetage des banques et plans de relances sans précédent ont quand même empêché le pire : les marchés financiers et boursiers sont stabilisés ou redressés et une faible reprise économique est prévue pour 2010. Faut-il s’en féliciter ?
Non, car rien n’est réglé ! Le système n’a pas été réformé et les établissements financiers se précipitent déjà ici et là pour faire comme avant, comme si rien ne s’était passé.
« Les contribuables ont tout simplement donné de l’argent aux institutions (les banques) qui les exploitent depuis des années avec des prêts aux taux abusifs, des cartes de crédit à la consommation à taux usuraires et des tarifs qui manquent de transparence. » (Joseph STIGLITZ, Prix Nobel d’Economie 2001).
Beaucoup appellent à une surveillance et à une régulation mondiale du système financier, certains sont même certains que les Etats-Nations ne laisseront plus les marchés déraper de la sorte. Continuons donc de scruter les réunions du G20 mais, disons-le tout net, cela n’est pas gagné d’avance !

En France, comme dans tous les pays développés, l’économie « réelle » et ses salariés ont déjà payé un lourd tribut à cette crise dont ils sont les grands perdants avec des destructions massives d’emplois en 2009.
L’industrie notamment a lourdement souffert : 63 000 faillites annoncées en 2009, le chiffre le plus élevé depuis 1993 (dernière année de récession), défaillances qui ont touché plus particulièrement les entreprises de moins de 200 salariés.

2010 : molle et fragile…

Avec une reprise « laborieuse », « molle », « fragile » ou « modeste », en 2010, les entreprises industrielles vont chercher à restaurer leurs marges, la masse salariale continuera d’être étroitement surveillée et les investissements d’être reportés (nouvelle baisse prévue de -5% en 2010).  Pas de besoin pressant d’accroître les capacités de production alors que les machines ne tournent pas à plein régime, et manque de moyens financiers pour engager les dépenses nécessaires à leur modernisation. Au-delà de l’effet immédiat de ces reports, le retard pris risque de pénaliser le potentiel de croissance et la capacité des industriels à rebondir après la crise.
« Le risque, c’est de devoir encore et encore élaguer dans les effectifs et le coût du travail pour maintenir les marges. Et ce faisant, la pression sur les revenus va s’accentuer en 2010. » (Laurent FAIBIS, XERFI).
L’INSEE anticipe encore 126 000 destructions de postes dans le secteur marchand sur le 1er semestre 2010, ce qui portera le total à 700 000 depuis début 2008.

Ainsi, dans son panorama de l’Emploi de 2009, l’OCDE s’interroge (enfin ?) sur l’efficacité des nombreuses réformes qui ont visé à favoriser la flexibilité du travail et conclut qu’elles ne suffisent pas à faire face à une récession déclenchée par une crise financière.
« La leçon de la récession est donc claire. Ce n’est pas le marché du travail qui est le point faible du capitalisme, c’est le marché financier. Et ce sont les travailleurs plutôt que les responsables du désastre financier qui en supportent le plus durement les conséquences. » (Richard FREEMAN, Professeur d’Economie à Harvard).